La constitution en dialecte tunisien : Enjeux Sociolinguistiques



« La constitution en dialecte tunisien : Enjeux Sociolinguistiques »
Argumentaire :

Dans le cadre de ses activités culturelles visant à relever les faits politiques marquants en Tunisie en vue d’en analyser les implications identitaires, l’association « Forum de l’Académie Politique » (FOAP) a organisé, samedi 28 juillet 2016,  une manifestation culturelle, dans son local à la Marsa , pendant laquelle le professeur Salah Mejri a été invité à donner une conférence sur les enjeux sociolinguistiques de la publication de la constitution de 2014 en dialecte tunisien. Spécialiste en linguistique française, le professeur S. Mejri enseigne à la Faculté des Lettres, des Humanités et des Arts (Université de La Manouba). Il est également professeur des universités en France et plus précisément à l’Université Paris XIII, où il dirige le laboratoire LDI (Linguistique, Dictionnaires, Informatique).Le professeur S. Mejri a déjà donné des conférences en Tunisie et à l’étranger sur la publication de la constitution en dialecte tunisien, une publication qu’il considère un événement linguistique très important. Rappelons que c’est en 2014, quelques mois après la promulgation de la nouvelle constitution, que l’Association de Droit Constitutionnel a entrepris sa publication en dialecte tunisien et en édition limitée. Mais, malgré l’originalité de l’entreprise, celle-ci est passée presque inaperçue, puisqu’elle a intéressé plus les intellectuels que ceux auxquels ce travail est destiné.Le professeur Hassen Annabi , coordinateur du conseil scientifique du FOAP, a expliqué que l’objectif proclamé par les auteurs de ce travail est louable  dans la mesure où il s’agit de mettre à la disposition des illettrés un outil pour accéder aux éléments essentiels d’un texte fondamental dans la vie du citoyen. Cependant, ce travail pose un certain nombre de questions : de quel parler s’agit-il ? Le support utilisé, à savoir le papier, est-il approprié ? Quelle valeur juridique peut-on accorder à ce travail ?Il a ajouté que  les auteurs utilisent une langue mitigée qui est plus proche de l’arabe littéraire que du dialecte tunisien. Ces derniers se déchargent sur une tierce personne pour faire accéder leur public au texte, car, le travail est fait pour être lu et non pas pour être écouté. Aussi le recours à un lecteur est-il nécessaire. Il aurait peut-être fallu penser à un support auditif  pour faciliter l’exploitation du travail. Par ailleurs, celui-ci n’a qu’une valeur pédagogique. Juridiquement, il n’a aucune valeur de référence, car le parler ne peut pas rendre avec précision les différentes notions juridiques, a-t-il remarqué.L’auditoire est resté attentif lors de la conférence. Le mérite en revient, en grande partie au conférencier qui a su rendre en mots simples des notions complexes. En fait, deux positions se sont dégagées : il y a ceux qui considèrent ce travail inutile, voire dangereux, parce qu’ils voient en lui un appel à la médiocrité et à l’abaissement du niveau intellectuel du plus grand nombre, alors qu’il aurait fallu focaliser sur la lutte contre l’analphabétisme et encourager l’usage de l’arabe littéraire ou du moins sa connaissance. En revanche, d’autres voient dans le parler local un élément essentiel de l’identité nationale. Par conséquent, sa réhabilitation ne peut que servir la tunisianité.  


La constitution en dialecte tunisien : Enjeux Sociolinguistiques

Date : jeudi 28 juillet 2016 13:42
Lieu: Tunis
Organisation : Forum de l'Académie Politique

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